Intelligence Economique et Responsabilité Sociétale des Entreprises : Les leçons de l'affaire d'espionnage chez Renault

Publié le par Sahar@Green

Intelligence Economique et Responsabilité Sociétale des Entreprises :

Les leçons de l'affaire d'espionnage chez Renault

  

Analyse de  l’affaire Renault

           

L’objectif de notre mission est d’analyser l’ « affaire Renault » sous les angles Intelligence Economique et Responsabilité Sociétale des Entreprises.

 

Nous avons dans un premier temps, répertorié les articles parus dans la presse traitant du sujet « Espionnage de Renault », dans le but de faire ressortir l’un des éléments clés sur lequel doit se baser notre analyse : « la chronologie ». Nous avons donc réalisé un tracé chronologique de type Time Liner.

 

Afin de disséquer l’affaire, nous avons suite à un brainstorming, identifié les principales hypothèses de travail.

 

Nous avons ensuite extrait les « faits » à partir des articles que nous avons répertoriés chronologiquement. L’objectif de cette étude étant de faire ressortir les hypothèses les plus probables, en affectant des notes pondérées à chacun des faits, et ce pour chaque hypothèse.

 

Pour accompagner cette étape, nous avons donc réalisé une analyse média, en réalisant une étude statistique des articles sortis (L’Est Républicain qui est un des vecteurs clé de la sphère des « Services » français ; puis également google actus sur un mois …, figaro, libération, le monde, l’humanité, les échos,  …). Nous avons également réalisé une analyse quantitative pour mesurer le poids de chaque article.

 

Suite à notre première analyse qualitative et quantitative, il en est ressorti deux grands scénarios sur lesquels nous nous sommes basés pour poser nos hypothèses :

les cadres nommés dans l’affaire Renault sont impliqués

les cadres nommés dans l’affaire Renault ne sont pas impliqués.

 

Nous avons également identifié les parties prenantes et les différents acteurs dans cette affaire afin de structurer notre analyse et développer nos hypothèses :

CGT,

Comité Renault,

L’entreprise Renault,

Carlos Ghosn,

Les 3 Trois cadres incriminés :

- Jean-Michel Balthazard, directeur « amont et projet »,

- Bertrand Rochette, responsable des avant-projets,

- Matthieu Tenenbaum, N°2 du projet voitures électriques,

L’entreprise « Bolloré »,

La République Démocratique et Populaire de Chine

Avocat de Matthieu Tenenbaum : Thibault de Montbrial,

Jérôme Stoll : Directeur Général Adjoint, Directeur Commercial. Leader du Comité de Management de la Région Europe. Président de Renault Retail Group 

Eric Besson

CFE-CGC

CFDT

Eric Bauer, délégué syndical CFE-CGC à Cléon.

Bernard Carayon, député du Tarn

DCRI

Patrick Pélata

Nissan

Le patron de Nissan pour la zone Amériques, Carlos Tavares

Patron du CEA

Hong Lei, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères

François Baroin

La presse + Médias Web : notamment L’Est Républicain, et l’Usine nouvelle, ainsi que des journaux du monde économique et des affaires, …

La presse étrangère, notamment anglo-saxonne.

 

De cette analyse des parties prenantes, et des faits extraits des articles, nous avons ensuite décliné les deux grandes familles d’hypothèses, selon plusieurs critères, et les principales parties prenantes impliquées dans le brouhaha médiatique :

Impliqué directement ou non

Partiellement impliqués,

Chine

Bolloré

Autre partie prenante

Bidon

 

Après avoir identifié les faits, nous avons pour chaque hypothèse estimée les conséquences sur les parties prenantes.

 

Nous avons ensuite réalisé la matrice des Hypothèses / Faits / Conséquences, afin d’en retirer les hypothèses suivantes les plus probables selon notre analyse :

1- Les 3 cadres ne sont pas impliqués - MANIPULATION EXTERNE

2- Les 3 cadres ne sont pas impliqués - MANIPULATION INTERNE

 

L’hypothèse N°1 est celle qui est la plus fortement vérifiée par l’ensemble des faits.

C’est également l’hypothèse qui a le plus de conséquences négatives pour Renault.

Cette hypothèse semble la plus probable au regard des faits et des effets négatifs sur Renault. On peut donc imaginer un concurrent Français ou étranger monter une telle affaire dans un but de déstabilisation, ou de vol d’informations stratégiques.

 

Mais, si ces cadres ne sont finalement pas impliqués, l’entreprise Renault aurait t’elle pu être informée par des gens internes à la société, dans un but de nuire, uniquement pour jalousie par exemple ? Et dans ce cas Renault aurait été contrainte de faire intervenir un Hacker ? L’hypothèse N°2 arrive donc en seconde position. Celle-ci contribue très fortement à détériorer l’image de Renault. Cette hypothèse semble également très probable au regard des faits et des effets négatifs sur Renault.

Cependant nous nous demandons pourquoi Renault ou des membres internes non mandatés par Renault auraient monté toute cette histoire sachant que les conséquences pour la Société peuvent être très préjudiciables. Renault aurait peut être sous-estimé ces conséquences ?

Nous préférons donc, pour l’instant, écarter cette hypothèse, et nous focaliser sur celle de la manipulation externe qui nous semble la plus plausible.

 

Cette affaire montre bien le courant « Guerre économique » en vigueur en France, alors que les outils de l’Intelligence économique devraient être utilisés dans un but de développement durable des organisations.

  

Intelligence économique et RSE, les leçons de l'affaire Renault

 

L’intelligence économique est un outil qui permet aux Entreprises de maitriser l’information afin de comprendre et d’anticiper son environnement extérieur. C’est un outil majeur pour se protéger efficacement contre la Concurrence et prévenir des risques, notamment des risques d’image et de réputation. Une démarche efficace d’IE permet d’agir et non pas de subir.

La RSE elle aussi est un outil efficace pour la compétitivité. Elle suscite une démarche de création de valeur durable et d’innovation. Ces deux outils cependant, doivent être bien utilisés pour avoir un impact positif. Le cas Renault est un bel exemple de mauvaise utilisation de ces 2 outils.

Cette affaire nous permet en effet de voir que Renault a été totalement dépassé par les évènements et a donc bel et bien subi la situation, sans aucun contrôle. On s’en rend compte notamment par des déclarations contradictoires dans un délai de temps court. La Société a  donc géré cette affaire dans l’urgence, et n’a donc très vraisemblablement pas utilisé l’intelligence économique afin d anticiper et de maitriser l’information. Elle n’a pas non plus préparé une politique de gestion des risques dans laquelle un tel risque aurait été identifié, et surveillé à l’aide d’un tableau de bord dédié, permettant ainsi d’anticiper une réponse approprié et bien dimensionnée à ce type d’attaque.

 

Nous pouvons également noter, que Renault, n’a pas respecté le B.A.-BA d’une politique de développement durable, et en particulier de Responsabilité Sociétale des entreprises, à savoir la prise en compte des trois piliers du développement durable : « Economique » « Sociétale » « Environnemental».

 

Il est évident que le volet économique va en prendre un coup sévère, puisque l’image de cette entreprise s’est fortement dégradée suite à cette affaire, et les répercussions économiques notamment en Chine risquent d’être néfastes.

 

L’aspect qui nous semble évidemment le plus en désaccord avec une politique de RSE, est celui de la non prise en compte du volet social, au regard de la gestion des ressources humaines pratiquée de façon non éthique à l’encontre des cadres accusés puisque  sans preuve évidente d’espionnage. En effet la forte médiatisation de cette affaire risque aussi d être très préjudiciable sur la sante mentale des accuses et sur le moral du reste de l’Entreprise.

 

L’entreprise Renault, a finalement montré son incapacité à gérer de telles situations.

Et les cadres accusés, l’ont apparemment bien compris, puisque dans la chronologie il apparaît que Balthazar a été voir trop rapidement les avocats : il savait donc que Renault n’avait rien d’opposable, et a utilisé cette hypothèse dans sa stratégie de défense.

 

En effet, la médiatisation a été faite trop tôt. Car même si Renault a des preuves de sommes versées sur des comptes bancaires cachés. Les montants ne sont pas assez importants. Et si ces derniers, n’étaient en fait qu’une avance, prélude à des sommes beaucoup plus importantes, et bien nous ne le saurons jamais. Et les cadres accusés, ne pourront être inquiétés au pénal. De plus, de part la mauvaise gestion de la mise à pieds et/ou du licenciement de ces cadres, ceux-ci pourront même obtenir éventuellement de coquettes sommes de dédommagement. Renault aura donc in fine, peut être, financé son propre dépouillement technologique.

 

Cela montre l’urgence, de définir des outils de gestion de la Compétition Economique dans un cadre éthique complètement défini.

 

Dr HADROUG Nasser

Chairman of SaharaGreen

Publié dans Green Economy

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